49) Oïa N2

La série des Cyclades se veut, sous une apparence innocente, combattre des préjugés sur deux plans différents : le rapport photo-peinture et l’aspect technique.


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"Oïa 2", huile sur toile de lin, 100 cm x 70 cm, © Eric Itschert


Le rapport photo-peinture


La série des Cyclades est peinte de manière très réaliste. « Oh, on dirait une photo ? » Eh non,  ceci n’est pas une photo. Il faut déjouer le piège tendu.  Bien sûr, l’utilisation de la lentille (1) sous quelque forme que ce soit n’est pas étrangère à certains de mes travaux.  Cela est particulièrement frappant dans la série des Cyclades où les paysages répondent tout d’abord à une idée de déjà-vu.  Je me plais à faire des images « aussi vraies que des photos ». Mais voilà, un observateur un peu perspicace découvrira vite qu’il est impossible que ces peintures soient des répliques de photos. Il y a des mutations et des transformations d’une réalité à première vue banale. Ce que l’on croit être une image de la réalité est autre.  Est-ce alors la réalité qui est autre ? Un simple paysage se transforme en labyrinthe où toutes les certitudes se perdent, du moins pour celui qui sait observer. Pour les autres, il restera un paysage de vacances.

L'aspect technique.


La peinture s’efface devant le sujet.  Techniquement, elle est le contraire de ce que certains galeristes et certains critiques d’art croient que doit être la peinture à l’huile. Pour ces derniers, peindre à l’huile consiste à peindre en pleine pâte, et avec des contours flous et estompés.

Même si j’adore l’impressionnisme (2), il faut bien admettre que, techniquement, la peinture à l’huile est morte avec les impressionnistes. C’est l’époque où on commercialise la peinture à l’huile en tubes.  Et pour des raisons commerciales (plus longue conservation de la peinture dans les tubes) on mélange les pigments à de l’huile crue, beaucoup moins résistante que l’huile utilisée par les anciens. Les pochades (= peinture réalisée en un seul jour) de Van Gogh résistent encore assez bien au temps.  Mais si on peint par grosses couches et en plusieurs journées, on est perdu.  Si on souhaite en plus une matité on va à l’encontre même des principes de la peinture à l’huile et techniquement on réalisera une ‘croûte’. Si on peint sur une toile brute sans apprêt l’acide de l’huile va ronger la toile. De la peinture à l’huile du 19e et du 20e siècle il restera peu de choses alors que l’on pourra toujours admirer un Van Eyck.  Ce n’est pas évident d’aller à l’encontre d’un demi-siècle de lecture univoque de l’histoire de l’art ‘officielle’ et mondialisée. Cette lecture est totalement obscurantiste en ce qui concerne les techniques de la peinture.  Je n’ai rien contre la peinture au couteau en grosses épaisseurs, ni contre la peinture délayée à force rasades de térébenthine comme si on utilisait de l’aquarelle.  Mais croire que c’est cela la technique appropriée pour la peinture à l’huile est un total non-sens.


(1)  Dans son ouvrage « Savoirs secrets », Hockney démontre de manière magistrale que la lentille est déjà utilisée par Le Caravage.  L’appareil photo n’est donc qu’une prolongation de cette première découverte.  Contrairement à ce que le profane croit, il faut une parfaite connaissance du dessin et de la peinture avant de réellement pouvoir exploiter l’aide de quelque appareil que ce soit.  « C’est facile de copier » est un poncif qui a la vie aussi dure que « mon enfant aussi pourrait faire cela ».

 (2)  Parallèlement à deux courtes périodes abstraites dont une à seize ans, je n’avais pas encore 20 ans quand j’ai réalisé un certain nombre de tableaux inspirés des impressionnistes. C’était mon ‘écolage’, avant de découvrir à partir de la technique des icônes que j’avais fait fausse route. Mes voyages en Grèce et en Russie m’ont fait redécouvrir des techniques perdues ici depuis longtemps, et je suis aussi très reconnaissant à l’I.R.P.A. (Bruxelles) d’avoir accepté mes visites et mes questions… A 17 ans je peins cette huile ci-bas pour un projet de grande toile intitulée ‘Nénuphars’. Les pinceaux sont gros et la touche épaisse… Le projet en grand ne sera jamais réalisé faute de moyens.


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Esquisse pour un projet de grande toile dans le style impressionniste









Commentaires

  1. bonjour Eric
    vrai on pourrait au premier coup d'oeil voir une photo et il n'en est rien..
    j'adhère a tes propos en ce qui concerne l'utilisation de la peinture a l'huile
    j'aurais pu croire qu'il s'agissait d'acrylique
    de toute façon chaque peintre a sa liberté
    bonne journée
    bisous ☺

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    Réponses
    1. C'est tout à fait juste, sur une photo numérique (écran) on ne peut même pas voir la différence entre une peinture acrylique et une peinture à l'huile. Dans la réalité c'est souvent assez facile à déceler, la peinture à l'huile a un velouté et une vivacité de tons que l'acrylique ne peut malheureusement pas reproduire... Il s'agit non seulement de la concentration de pigments qui est différente, mais aussi de transparence du liant. L'acrylique, finalement, ce n'est jamais que des pigments emprisonnés dans du plastique. L'huile avant les impressionnistes, c'est comme des pigments en suspension dans de l'ambre véritable! J'avais écrit une chose à ce sujet sur mon ancien blog: http://itschert-eric-expose.skynetblogs.be/archive/2010/04/05/150-explications-techniques.html

      Bisous chère nays!

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