466) Le décalage temporel


"Le décalage temporel", 51 cm x 36 cm, aquarelle sur papier 
Arches grain fin 300g/m2, © Eric Itschert.



"J'ai essayé toute ma vie de transcrire la réalité pour en faire des espèces de rêves où les objets, tout en gardant l'apparence du réel, prennent une signification poétique. Le tableau devient ainsi une fiction où chaque objet a sa place logique." 

(Paul Delvaux, le 22 août 1985.)


1° Une empreinte permanente

Dès mon enfance j'ai été marqué par mes rencontres avec les tableaux de Paul Delvaux, que ce soit en galerie ou dans un musée. 

Malgré le grand nombre de nus, les scènes montrées ne m'ont jamais choqué. Je trouvais cet univers tout à fait naturel. Il n'y avait pas cette scission artificielle entre le corps et l'âme. On était loin de l'hystérie anglo-saxonne où l'on censure à tout va pour 'la sécurité des enfants', mais où on les laisse accéder à la pornographie la plus traumatisante. 

Cette empreinte que Delvaux a laissée en moi est en grande partie inconsciente. Mais on la retrouve dans bien de mes œuvres, que ce soit dans la peinture "Aïnigma" ou plus consciemment dans l'ensemble "Éden"


2° Rencontres avec le miroir

Les rencontres avec le miroir sont particulièrement présentes chez Delvaux. Que ce soit en ville, dans une salle d'attente ou dans les forêts et parcs, les personnages de Delvaux sont sans cesse confrontées à des miroirs. Ces miroirs les révèlent à eux-mêmes, jusqu'à parfois les refléter nus alors qu'ils sont habillés, ou vice-versa. Tout est décalé dans cet univers onirique.

Le miroir sert aussi à passer d'un monde à l'autre; l'univers des rêves se présente alors comme un millefeuille ou bien encore comme un emboitement de poupées russes...


3° Un double décalage temporel

Dans mon aquarelle, on assiste en réalité à un double décalage temporel. Le garçon, malgré son jeune âge, ne semble pas étonné de cette rencontre avec le miroir. Il serait plutôt coutumier du fait. Il est quelque part chez lui devant un miroir et aussitôt après il se retrouve toujours devant le miroir mais dans la rue. Et ce dernier reflète un autre lui et non une copie conforme. Cet autre, lui, semble étonné. Ou est-ce un regard de tendresse qu'il a pour son reflet, vu... de l'autre côté du miroir? En tout cas on peut avoir le frère jumeau le plus parfait, il ne sera jamais un même.

J'ai toujours été fasciné par le temps, il semble progresser à des allures changeantes selon notre situation. Il dissout la matière et nos corps, et va jusqu'à s'attaquer à nos âmes. Les souvenirs que nous avons de notre passé sont de la même texture que celle des rêves. Dans la réalité il n'y a que le présent qui, à chaque respiration, se transforme en passé. Quand au futur, il est lui aussi prétexte aux rêves.


Bien sûr, comme d'habitude, je n'ai pas pensé à tout cela en peignant. Ce n'est qu'après que l'évidence est venue à moi...


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